• des saltimbanques dans le métro

    22

     

    Des saltimbanques dans le métro

    Il est des anecdotes de la vie des grandes métropôles qui deviennent routinières ; Paris n'échappe pas à la règle. Tout les jours, le métro, le RER ou le transilien offrent le même type de spectacle désuet, pathétiquement drôle et effroyablement dur de précarité mais que pourtant, s'il venait à manquer, créerait un vide. Qui sont-ils ?

     

    Cette petite dame asiatique sans âge, qui offre toutes les facettes d'une poupée-automate, frêle et si petite petite qui chante et qui salue dans une langue qu'elle seule comprend, elle répète inlassablement son texte et pousse la chansonnette d'une voix aigüe et puissante, criarde, presque l'insupportable musique d'une corde de violon qu'on torture ;

     

    Une roumaine qui massacre les amants de St-Jean dans un français à couper au couteau, une rythmique non respectée, une mélodie tripatouillée à sa sauce et ce letmotiv si présent dans mon esprit que je peux presque l'imiter « sane-jean au miouzette ».../... « serrés dans les blas audacio » et j'en passe ;

     

    Un violon tzigane et sa ptite gueule de titi parigot avec bérêt et bouche souriante édentée, grimaçant à des clowneries qui ne font rire que lui, il ne voit plus l'indifférence générale dans lequel il noie son manège ; moi oui, je le voit et quand je le regarde, je devine une petite étincelle dans ses yeux, comme s'il était venu jouer pour moi, rien que pour moi, avec bien sûr à la fin de sa prestation, l'idée d'avoir une petite pièce mais juste le fait de le regarder jouer lui donner de l'importance, de l'authenticité, de l'humain, lui faire comprendre qu'il a un public, même éphèmère ;

     

    Les seuls qui enchantent réellement ces 20 minutes de trajet sont ces deux jeunes dynamiques brésiliens ou espagnols qui mettent l'ambiance, jouent et flirtent avec leurs semblables badauds assis, debout, adossés, qui parviennent parfois à faire décrocher un sourire à l'un(e) d'eux, on en deviendrait presque généreux en mettant la main à la poche, si seulement.... Ah si seulement je n'avais pas été témoin de cette scène : Lorsqu'ils descendent, discutent et se retrouvent tel un réseau, ils s'échangent billets de banque, arborent téléphones portables et lunettes de soleil.

     

    Ont-ils besoin de nous autant que nous avons envie de les subir, l'incessante ritournelle de ses saltimbanques anonymes ? Qui sont-ils lorsqu'il n'y a plus personne pour les écouter ? Les écoute-t-on seulement ou les subit-on ? Il est vrai qu'en rentrant dans une voiture de train et en déblatérant leur discours tout-préparé, personne n'a souhaité leur présence ni demandé le programme, pourtant la liberté d'expression permet à ces précaires de s'exprimer, fussent-ils les stars de quinze minutes par jour ! Au bout de quelques années de galère, ils jouissent presque d'une carrière.

    Qui sont-ils ? Que font-ils après et avant ? Comment en sont-ils arrivés là ? N'ont-ils jamais eu de vie active avant ? Un emploi, une voiture, des enfants, une maison, des impôts à payer...

    Suis-je moi, normal de penser comme cela ou trop aveugle pour ne pas voir leur liberté ? Peut-être est-ce celà la vie après tout, la vraie vie !

     

    Franck Schweitzer

    Google Bookmarks

    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment



    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :