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     En littérature tout comme au cinéma, les vampires sont devenus des structures mentales de référence et au travers de l'altérité du monstre, une partie de nous-même nous est révélée & mise en scène. L'idée ici est de rapprocher deux personnages de l'histoire qui nous effraie, nous fascine, nous répugne : le vampire et l'homme, ne font-il qu'un seul ? qui est le monstre assoiffé de sang ? (de)mostrar en espagnol signifie montrer ; le monstre-vampire nous montre donc qui nous sommes et qui nous devenons car le propre du mythe est d'évoluer, de s'accorder à la réalité sociale de manière à la représenter toute crue à travers toute son horreur.

    Sociologiquement il est fascinant de constater combien de thèmes rejoint cette créature imaginaire dans l'inconscient collectif ; le sang par exemple possède un rôle essentiel, c'est la seule nourriture qui puisse étancher la soif, pour cela le vampire doit se l'approprier coûte que coûte. Le sang possède plusieurs symboliques fortes ; il peut prendre son sens en tant que liquide nourricier et bienfaisant, mais évoque néanmoins la violence, la souffrance et la mort. Chez l'homme on parle de ‘soif de pouvoir' : jusqu'où certaines personnes sont capables d'aller pour obtenir ce qu'ils veulent quitte à éliminer physiquement dans le pire des cas tout ceux qui se mettent au travers de leur chemin. Le sang prend alors diverses connotations :

     

    En politique nous savons grâce à l'histoire que le sang a été le malheureux symbole de supériorité des ethnies ; par ailleurs dans les familles royales on parle de ‘sang bleu' pour distinguer l'élite de la populasse.  Plus généralement et dans un cadre familial fraternel, le sang est synonyme d'amour, de solidarité entre les êtres, on parle d'ailleurs de ‘lien du sang'. Enfin dans le Christianisme, la Bible évoque bien évidemment le sang du Christ, symbole tout-puissant du sacrifice, de la rédemption, de la pureté, de la vie éternelle ( ??!!) tiens tiens…

     

    "l'amour est éternel" : Dracula 1992, Bram Stocker

    L'évocation de la mort dans les histoires de vampires suscite depuis toujours angoisse et terreur, la mort n'étant acceptable que dans la mesure où elle ne reste qu'un concept abstrait. C'est ainsi que le vampire entretient bien plus qu'un simple lien avec la mort, c'est à la vie elle-même qu'il nous renvoie et à son expression la plus extrême, la vie éternelle. Si les vampires sont plus ou moins des êtres dominateurs, leur volonté n'est pas forcément de détruire et de s'opposer aux hommes. Nous le voyons encore aujourd'hui au cinéma notamment, le vampire loin de l'image du monstre assoiffé de sang qui faisait trembler dans les chaumières devient maintenant le héros –ou l'anti-héros de sa propre histoire, il est proche de sa victime, son psycho-profil d'être torturé et mélancolique est exploité plus que jamais, ses sentiments sont partagés, il peut aimer d'amour, il s'humanise et tend à demander le pardon.

     

    Dans le roman d'Arabella Randolphe « the vampire tapes » l'auteur décrit une philosophie qui remet en cause les notions du bien et du mal, les vampires seraient des êtres d'élite qui voudraient accéder au monde de la Lumière, et non des créatures démoniaques. Ce monde serait fermé aux hommes car prisonniers de leurs instincts et leur ignorance.

     

    Il serait presque trop facile de réécrire l'histoire, de dépeindre le portrait d'un personnage de fiction aussi sombre que légendaire. Si dans les histoires de vampires il sera toujours question de vie, de mort, d'amour… la façon d'appréhender les questions change dans la forme ; tout auteur à la possibilité d'influer un nouveau souffle au mythe en le traitant sous un angle différent, de la sorte que le mythe vampirique ne reste jamais figé et puisse s'accorder aux interrogations de l'époque.

     

    Franck Schweitzer.

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  •  Myths

    Petit texte explicatif pour introduire cette catégorie du blog ; entendez « myths » non pas comme quelque chose de mythique ou relevant de la mythologie grecque mais plutôt comme évoquant les artefacts via les légendes urbaines, le magique, le surnaturel, l'imaginaire, l'abstrait...


    Nous nous intéresseront donc à/aux :

    • personnages et lieux relevant de l'imaginaire fantastique, les concepts et avatars de l'étrange, le champ lexical de la mort, vocabulaire de l'épouvante

    • une sélection personnelle de films d'horreur et de leurs « méchants »

       

       

    Franck Schweitzer

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