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Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

Dorothée, le sens caché de ses chansons, partie I

Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

 

Si vous pensez que les chansons de Dorothée ne sont que des chansons pour enfants et prépubères avec un univers gentillet et rose-bonbon, vous vous plantez totalement. Il y a derrière beaucoup d’entre-elles un message à caractère humaniste, avec des principes et des valeurs universelles ; dans cette première partie, je vous propose de parcourir la carrière discographique de Dorothée de 1982 à 1987 au travers d’albums et singles originaux (excluant le Jardin des chansons et les génériques de dessins animés…). Vous êtes prêts pour une analyse de foliiiiie ?

 

Les premiers albums de Dorothée (loin des incessantes boites à rythmes de Gérard Salesses qu’on retrouvera plus tard) sont d’une incroyable richesse en terme de références et d’hommages ; un hommage appuyé au cinéma hollywoodien des années 50 tout d’abord avec « Mam’zelle », « moi j’aime le cinéma » et « elle voulait faire du cinéma » (qui entre-nous fait un peu écho à la chanson de Patricia Kaas « elle voulait jouer cabaret ») à l’ambiance western et cabaret-piano-bar avec « le grand Gérard », « chère dorothée », « appuie sur ton piano » et « y’a d’la bagarre au saloon » ainsi qu’aux souvenirs d’enfance avec « dors mon petit ange », « l’héroïne de bd » et «petit robot »…

 

Une des particularités des premières chansons de Dorothée sur laquelle elle a tant été décriée à l’époque pour ses accents abêtissants ou niaises, certaines chansons possèdent des onomatopées tels des gimmicks d’enfants quand on se tire la langue, quand on se moque de ses camarades ou qu’on se lance un défi dans la cour de récré : « daramdam », « bing-bong », « nanananère », « clic clac cloc », « damdam di dou damdam », « gnagnagna », « shoubidou bidou »

 

Je disais plus haut qu’on n’avait pas encore les boites à rythmes et synthétiseurs des années 90, dans ces premières chansons on y trouve de la guitare électrique, du piano, du violon et même du banjo… Et c’est très plaisant car çà donne une ambiance presque adulte sur des paroles qui pourtant ne le sont pas. C’est sans doute cet étonnant contraste qui fit le succès de Dorothée-chanteuse.

 

« petite fille » (qui fait écho à ‘la honte de la famille’ dans l’album de 1996) et « le rock n’roll est de retour » représentent les débuts timides de la musique rock n’roll des années 50 et 60, marque indélébile et assumée de Dorothée tout au long de sa carrière, qui trouvera son climax lors de ses Dorothée show quand elle invitera les plus grands chanteurs de rock n’roll et de country américains pour un prime de deux heures sur TFI. Sur ces premiers albums, Dorothée va même plus loin en personnifiant la création d’une chanson et les instruments de musique, notamment le piano avec qui elle a un dialogue comme dans « appuie sur ton piano », « pour faire une chanson », « cet air-là », « sur mon piano » ou encore « trouve-moi une chanson »

Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

Autre point intéressant ; la notion d’effort et de travail ainsi que l’esprit de contradiction sont autant de paradoxes propres à la personnalité de Dorothée, que l’on retrouve dans les chansons « c’est dur de travailler », « oui ou non » et « on travaille pour la gloire ». Lorsqu’on sait le nombre d’heures où Dorothée et ses équipes ont monopolisé jusqu’à la lie, les matinées et les après-midi de TFI pendant dix ans, on ne pourra jamais lui faire de procès en fainéantise.

Dans le même univers de l’entreprise-profit-travail, Dorothée prendra position sur une chanson « Mr le directeur » qui résonne comme un hymne anticapitaliste quand elle considère que les hommes d’affaires ont un portefeuille à la place du cœur : « Monsieur le Directeur, vous amassez des fortunes, on dit même que dans une heure vous achèterez la Lune ; Mais où, ouh ouh avez-vous mis votre cœur ? L’avez-vous rangé avec tous vos dollars ?... »

 

Le thème de l’amour, des filles et des garçons. Manichéen oui mais c’est cette thématique qui reviendra le plus souvent tant dans les titres que dans les textes. Si dans « hou la menteuse » le personnage de Dorothée est dans le déni car tout porte à croire qu’« elle est amoureuse » même si elle prétend le contraire, c’est selon moi qu’elle porte un regard enfantin sur ce qu’est réellement l’acte amoureux pour ne pas dire sexuel. Il y a une chanson qui marquera le pas de l’inconnu vers le connu, en toute pudeur et en toute discrétion, c’est « la drôle de bête » jolie allusion au phallus qui effraie, interroge et fascine à la fois, en trois temps :

 

La curiosité, l’appréhension du petit chose :

« qu’est-ce-que c’est, qu’est-ce qu’elle veut, elle vient vers moi.. on dirait qu’elle n’est pas si méchante que ça… voilà qu’elle me fait des fêtes, je devrais avoir peur mais je n’y arrive pas »

 

Les préliminaires :

« ça y est elle me prend la main, je ne peux pas l’empêcher, c’est impossible de lui dire non, de lui résister, et maintenant ma drôle de bête me fait signe de la suivre… et soudain comme par magie je comprends ce qu’elle me dit »

 

L’acte en soi :

« je monte avec elle dans son vaisseau spatial, on part dans le ciel pour un grand voyage entre les étoiles »

 

Tout en images ! C’est mignon, chaste et poétique et c’est du Dorothée tout craché quand pour les quelques interviews qu’elle a pu donner, je pense notamment à Thierry Ardisson, les questions autour des hommes et de l’amour en général sont autant de sujets tabous dont les réponses de l’intéressée tombaient toujours à côté, étaient floues, maladroitement évitées, etc. si bien que des rumeurs sur une prétendue homosexualité fut mises en avant, d’autant qu’on ne connaissait personne qui partageait sa vie et qu’elle n’avait pas d’enfants… sa carrière et son omniprésence à l’écran suffisaient à dire que le métier était suffisamment chronophage comme çà pour ne pas avoir à se créer une vie de famille. Notons au passage que dans son attitude Dorothée a toujours eu beaucoup de respect et d’admiration pour les hommes plus âgés : le Dr Klein, Michel Chevalet, JL Azoulay… alors que les ‘copains de la bande’ font caution de souffre-douleur, de seaux d’eau et de tarte à la crè…mousse à raser sur le pif !

L’homme plus âgé, paternel, d’autorité, ou ces pères de substitution pour Dorothée qui a perdu le sien tôt dans sa jeunesse, et avec qui elle avait développé une grande complicité

Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

Si les chansons d’amour entre une fille et un garçon sont aussi gnian-gnian c’est parce que le sujet est délicat et vu toujours sous un prisme enfantin asexué. Il y a de la pédagogie d’exégèse dans « les filles et les garçons » lorsque Dorothée nous explique que c’est le bon dieu qui a créé les unes et les uns en marquant les différenciations. « qui est coquine, très caline, douce et mutine ? C’est nous les filles ; et qui est fort comme le roc.. nous les garçons » A notre époque actuelle où l’on parle de non-genré où l’on dit aux petites filles qu’elle peuvent devenir des garçons si elles le souhaitent… no comment !

 

D’autres chansons seront clairement poil-à-gratter, mettant le mâle au défi (les prémisses en tout cas) concernant la gent masculine comme pour « qu’il est bête » où Jacky dans le clip qui passe pour l’idiot utile, le puceau nerd fils à maman « …qu’est-ce-qu’il a dans sa ptite tête pour être aussi bête, qu’il est bête, qu’il est bête... » ; pour « t’es pas cap » Dorothée met au défi le garçon qu’elle aime de « l’embrasser, de l’enlacer très très fort » pour la chanson « les filles » elle pose un constat qui résonne aujourd’hui comme du néo-féminisme avant l’heure, ya qu’à voir : « Y en a qui disent que les madames… n'ont pas le cerveau bien plus gros qu'un petit pois. Messieurs, c'est bien gentil toutes vos histoires, y a une chose que vous devriez savoir… Quand il s'agit d'affoler les garçons… d'les faire tourner en rond, les filles n'ont pas besoin de leçons » 

 

Mais au-delà de tout ça c’est bien l’amitié et les copains qui fut utilisé comme ingrédient fédérateur et universel de toute une génération de gamins dans les années 80 et 90. On va retrouver ces valeurs dans les chansons « dès que l’on rend quelqu’un heureux », « ça compte aussi la gentillesse ». Notons au passage deux berceuses très émouvantes avec des paroles profondes mais mal connues -pas sorties en single ni en promo, çà n’aide pas -  « je veux qu’on m’aime » et « dors mon petit ange » rappelant l’imaginaire de l’enfance et les contes de fées ;

>>> Enfermée dans une vieille malle en osier, je devine ce qu'elle dirait si elle pouvait : Je veux qu'on m'aime, j'ai besoin d'amour, que l'on m'apprenne à sourire un jour. Je connais une poupée qui a le cœur presque arraché… Dans sa belle robe en satin, les yeux fermés sur son chagrin, elle n'a plus besoin de rien mais de quelqu'un

>>> Dors, mon petit ange, dors, petit enfant ; Laisse ton rêve venir doucement : Le jour se lève au Bois dormant. Dans le Pays bleu de la Belle au Bois dormant, s'endort doucement, s'endort le petit enfant ; Et par la magie d'un rêve entre ses draps blancs, c'est lui le Prince charmant 

 

Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

Enfin, le thème de « la valise » décliné dans tous ses albums ou comment faire dans la facilité ; je veux dire quand vous n’arrivez pas à boucler un album parce qu’il y vous manque une seule chanson, vous réutilisez encore et encore tel un letmotiv, un gimmick, un private joke, eureka ! LA VALISE. On a tous jouer à « ce que je mets dans ma valise avec surtout l’obligation de ne rien oublier et dans l’ordre d’inventaire svp » à part la rythmique et la mélodie on a à peu près la même chanson tout au long des albums de Dorothée, avec les mêmes foutues chapeau, vélo, pinceau, photo et bien sûr les légendaires chaussettes rouges et jaunes à petits pois.

 

« la valise » 2’55 > j’ai mis dans ma valise….

« j’ai vidé ma valise » 2’28

« où est passée ma valise ? » 2’59 > Perdue ! Dedans il y avait…

« j’ai retrouvé ma valise » 3’32 > Retrouvée ; elle était au soleil sous les palmiers…

« ma valise » 3’26 > j’ai traversé l’océan, un gentil douanier…

« valise, valise » 3’40 > à nouveau perdue, c’est tata Simone qui l’a empruntée…

Une seule question subsiste : Qui est ce mystérieux Sébastien sur la photo ?

 

Les megas-tubes de cette période sont : hou la menteuse, pour faire une chanson, maman, docteur, allo allo monsieur l’ordinateur, la valise, vive les vacances, t’es pas cap, ça donne envie de chanter.

Tags : l’amour et l’amitié (l’amour filial, la bande de copains…), les loisirs (voyages, musique, cinéma..), la nature (pluie, soleil, Dieu…)

 Nostalgiques ? Chansons de DOROTHEE leur sens caché 1/2

Franck Schweitzer

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